Azakaely – Entre bonnes idées et mécaniques frustrantes
Un article par
Iago Larue
Quand un maître de jeu est pris de court par une question imprévue d’un PJ, il a besoin d’un outil pour improviser vite et bien. C’est sur ce terrain qu’arrive Azakaely, une application Android financée via Ulule (3 821 € récoltés pour un objectif de 3 400 €), développée par Flora Chatillon et illustrée par Mathieu Coudray. Sur le papier, le concept est séduisant : un générateur aléatoire de PNJ, de scénarios et d’événements censé faciliter la vie derrière l’écran. Dans les faits, le résultat oscille entre bonnes intentions et choix de design franchement discutables.
Une structure claire… en apparence
Azakaely se divise en cinq sections : Atelier, Inventaire, Bibliothèque, Foyer et Didacticiel / Crédits. Chacune propose ses sous-menus, mais l’essentiel se trouve dans Atelier : création de PNJ, scénarios, événements, et versions simplifiées « en 1 clic ».
Premier problème : au lancement, seuls deux menus sont accessibles – PNJ en 1 clic et Scénario en 1 clic. Les autres sont verrouillés derrière un système d’XP dont nous reparlerons. Déjà, on sent que l’application préfère freiner l’utilisateur plutôt que de lui donner d’emblée toutes ses cartes.
PNJ en 1 clic : utile, mais bancal
Le générateur de PNJ est l’un des points centraux de l’application. Il livre des personnages avec six axes principaux : genre, occupation, portrait, qualité, défaut et particularité.
- Genre : premier champ affiché, il reste invariablement sur « Neutre », même après cinquante essais. Pour un générateur « aléatoire », c’est un comble.
- Occupation : chaque profession est répétée deux fois, au masculin et au féminin. Exemple : Un Chevalier, une Chevalière. Un Duelliste, une duelliste. L’intention inclusive est louable, mais l’effet à l’écran est redondant et maladroit.
Portrait : les phrases proposées oscillent entre inspiration et étrangeté. On peut lire :
« Cette personne se contente de regarder les autres vivre, avec une mélancolie qu’elle ne commente jamais. »
Ou encore :
« Impossible de deviner l’âge de cette personne, dont la voix résonne comme un écho d’un autre monde. »
L’une semble confuse (comment « commenter » une mélancolie ?), l’autre donne l’impression d’un PNJ condamné à mourir au premier bûcher venu dans un univers comme Warhammer.

- Qualité : on tire des adjectifs comme « équilibré », « harmonieux » ou « dynamique ». Le dernier est clair, le premier acceptable, mais « harmonieux » reste flou appliqué à une personnalité.
- Défaut : très sommaire. Un PNJ peut être « méchant », « impoli » ou « insolent ». Pas très nuancé, et parfois proche d’un jugement moral plutôt que d’un trait de caractère exploitable.
- Particularité : davantage de variété ici, avec des détails comme « démarche mal assurée », « parle vulgairement » ou « a une démarche ferme » (probable coquille pour « assurée »). Des options supplémentaires, comme la forme des oreilles ou la présence de cicatrices, peuvent être ajoutées, mais on s’éloigne déjà beaucoup du « 1 clic ».
En résumé, le générateur de PNJ dépanne, mais il est inégal : entre les répétitions, les formulations étranges et les défauts trop caricaturaux, on sent un outil qui a besoin d’affinage.
Générateur de scénarios : entre classique et absurde
Le générateur de scénarios est divisé en plusieurs catégories. Certaines idées sont classiques, d’autres surprenantes, parfois au point de sembler incohérentes.
- Lié à un décor : chasser un monstre dans un glacier, débarrasser une place de nuisibles. Correct mais banal.
- Lié à un objet : briser un sceau dans un arbre. Intrigant, mais à moitié exploitable sans contexte.
- Pour un PNJ : protéger de lui-même un guérisseur, porter secours à un bourgmestre. Original, mais formulé de manière un peu étrange.
- Contre un PNJ : c’est là que ça surprend. L’application peut proposer achever un sergent ou détruire un capitaine de la garde. Brutal, et en décalage complet avec le reste, qui semble baigner dans une ambiance plutôt douce.
- Événement : participer à une guerre, témoigner à un procès sur un événement inexpliqué. Simple et efficace.
- Mystère : affronter des morts étranges (sous-entendu : morts-vivants dansant la samba ?), enquêter sur la présence de créatures surnaturelles, aider une créature à rejoindre sa dimension.
Ces tirages ne manquent pas de variété, mais le résultat est inégal : certains scénarios inspirent, d’autres semblent générés à la va-vite, sans souci de cohérence.
Le système d’XP : une fausse bonne idée

C’est sans doute le défaut majeur d’Azakaely.
L’application verrouille une partie de ses fonctionnalités derrière un système de progression basé sur l’XP.
- Créer un PNJ en 1 clic rapporte 5 XP.
- Pour passer au niveau 2, il faut… 199 XP.
- L’objectif est d’atteindre le niveau 4 pour débloquer les PNJ détaillés, les événements et les scénarios en 1 clic.
Concrètement, cela signifie qu’il faudra créer des dizaines de PNJ basiques, souvent répétitifs, avant de commencer à profiter pleinement de l’outil. Le procédé ressemble plus à une mécanique de jeu mobile gratuite qu’à un générateur d’aide au MJ. Pire encore : les développeurs prévoient des microtransactions pour contourner cette contrainte.
Le résultat est frustrant. Là où l’application devrait fluidifier le travail du maître de jeu, elle installe au contraire une barrière artificielle.
Verdict : un outil qui se cherche
Azakaely a des atouts indéniables. L’interface est claire, les illustrations de Mathieu Coudray donnent une vraie identité visuelle, et l’application couvre des besoins réels des MJ : PNJ improvisés, idées de scénarios, événements aléatoires.
Mais ses défauts sont tout aussi flagrants :
- Des textes souvent inégaux, entre tournures étranges et traits trop simplistes.
- Des répétitions qui donnent une impression d’amateurisme.
- Un système d’XP inutilement punitif, qui donne plus envie de désinstaller que de progresser.
- Une absence sur iOS qui limite sa portée.
En l’état, Azakaely est plus un prototype prometteur qu’un outil incontournable. Elle peut dépanner ponctuellement un MJ pressé, mais son potentiel est gâché par des choix de conception qui ralentissent l’utilisateur au lieu de l’aider.
Avec une révision des textes, la suppression du système d’XP et une meilleure cohérence des propositions, Azakaely pourrait devenir un générateur de référence. Pour l’instant, elle reste une curiosité : intéressante à tester, mais loin d’être indispensable.
📝 En résumé : Azakaely propose des idées, parfois bonnes, parfois absurdes, mais les enferme derrière un système d’XP frustrant. Utile en dépannage, mais encore trop maladroite pour convaincre sur la durée.
